vendredi 6 juin 2014

La dépression



Dépression par babsartcreations


« …de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » (Charles Baudelaire)


La dépression résulte de la différence entre nos désirs, ce que nous voulons, comment les choses devrait être ou comment nous devrions être et ce que nous obtenons ou ce qui est véritablement.
Nous n’acceptons pas que les choses soient telles quelles sont. Et la première chose à faire, c’est d’accepter et de reconnaître que nous sommes dans un refus, ce qui n’est pas si facile qu’il y parait, d’où un enlisement dans celui-ci qui peut perdurer des mois voire des années.  Accepter de voir ce refus, c’est reconnaître que l’on désire quelque chose, autre chose. Et tant que l’on ne verra pas ce que c’est on ne risque pas de l’obtenir. Ensuite, une fois le désir ou l’objectif clarifié, il faudra alors se mobiliser et agir pour le réaliser (si toutefois c’est possible) car les choses ne tombent pas du ciel.



vendredi 7 mars 2014

Le personnage de la victime et le héros




Au théâtre ou dans la vie, le rôle de la victime est un rôle très convoité. En effet, il permet d'obtenir beaucoup de gratifications et de bénéfices: attention, reconnaissance, attendrissement du public, consolation, aide, soutien. Et ce n'est pas un hasard si ce rôle a le vent en poupe dans notre société, avec une sorte de concurrence à celle (personne) ou celui (peuple) qui « aura beaucoup souffert » et aura mérité la médaille du dolorisme et tout ce qui peut en découler comme avantages sociaux. Ce qui ne veut pas dire qu’il n'existe pas de véritables victimes mais la différence avec le personnage de la victime, c'est que les vraies victimes ne retirent aucun bénéfice de leur statut, qu'elles ne le revendiquent pas, qu'elles ne l'ont pas demandé et qu'elles ne s'y installent pas non plus (à l'inverse, elles chercheront  à quitter au plus vite ce statut qu'autrui leur a imposé).

Il faut savoir qu'à un moment ou à un autre, nous l’avons tous adopté le rôle de la victime.
Et c’est un jeu psychologique fort intéressant ! En se choisissant ce personnage on se crée un coupable et par la même occasion on se dédouane de nos responsabilités. Et cela même si on reconnait une part de responsabilité dans le malheur qui nous frappe. Par exemple, je ne suis pas assez robuste pour affronter ce type de situation, je suis hypersensible, je ne sais pas comment y arriver…. ici, le message que j’essaye de faire passer à autrui ou bien à moi-même est le suivant : certes, c’est de ma faute mais je n’y peux rien car je suis victime de ma nature, c’est du à mon caractère, mon conditionnement parental et pourquoi pas à mon inconscient.

Si adopter le rôle de la victime est une illusion et une justification que l’on se fait à soi-même afin d’occulter nos responsabilités dans les malheurs ou les problèmes qui nous arrivent, c’est aussi un subterfuge et une protection de l’image de soi. Parfois, il s’agira de se créer une histoire haute en couleur : on se donne le beau rôle de la personne bafouée, trahie, incomprise, manipulée, des mauvaises conditions de vie, de mauvais parents, la malchance, l’injustice, que sais-je encore… mais surtout rien qui ne soit propre à notre personne.  Et pour donner plus de poids encore et de légitimité à cette histoire, on s'épuise dans la colère, on se perd dans la haine de soi ou des autres, en allant jusqu’au au point de perdre toute mesure en s'oubliant totalement afin d’incarner la victime qui ne fait que souffrir, subir et couler... car si la vraie victime veut de l’aide, en revanche, le personnage de la victime n’en veut pas car ce serait abandonner tous les bénéfices que ce rôle lui apporte et surtout cela lui évite de se confronter à cette réalité terriblement désagréable qu’il est son propre bourreau .  

Pourtant ce rôle dramatique peut s’arrêter immédiatement. Il suffit de se poser cette question : que puis-je faire maintenant pour améliorer mon sort ? Fin de la passivité, retour de la responsabilité. Et c’est ainsi qu’un nouveau rôle, celui du héros, émerge : si je suis la victime et le bourreau de moi-même, s’il n’existe d’autre prison que celle que je me crée, si mes résistances à avancer constitue les barreaux de cette prison alors je peux triompher et devenir le sauveur de moi-même ! Et avouez que le rôle du héros à quand même beaucoup plus de panache que celui de la victime, non ?  

Cependant, si l’on a adopté ce personnage et que l’on y est cramponné depuis un moment, c’est qu’il existe en général des résistances au changement.  Souvent un sentiment de honte, d’incapacité ou d’incompétence, un manque de confiance ou la peur d’échouer. Et ce seront autant d’écueils et d’invitations à revenir régulièrement au statut de victime et à la passivité. 
Mais bien entendu tout cela peut se corriger.

Alors tel le héros, malgré les tempêtes et les chants mortifères des sirènes qui ne manqueront pas de s’élever autour de nous, tenir fermement le cap afin d’atteindre la terre promise.

Un vrai parcours initiatique ! 




dimanche 8 décembre 2013

Regarder l’anxiété comme quelque chose d’extérieur à soi.


Au sujet du traitement de la peur, une personne m’a dit que dans le bouddhisme, on peut utiliser la respiration pour sortir de son identification à la peur.  Ainsi d’après elle, faire l’effort de respirer avec l’abdomen dans des moments d’angoisse, ou de peur serait une démarche courante notamment dans le zen. Et il m’a été précisé que nombre de pratiquants témoignent des bienfaits de cette technique en matière de détente corporelle et d’apaisement de l’esprit.

Puis, il m’a été alors été demandé ce que je pensais de cette méthode. Or comme je  trouve cette question particulièrement intéressante, je souhaite reproduire ici ce que j’en pense.

En fait, tout dépend de ce que l'on fait. En utilisant une technique de concentration de l’esprit sur la respiration, je pense qu’il y a apaisement sur l’instant mais comme il n’y a pas de traitement cognitif ou émotionnel de la  peur, on en reste à une relaxation sur le moment. Pour moi, c’est une astuce, un truc : on pense à autre chose. C’est « juste » un détournement de l’attention. Mais il est vrai que ça marche car on focalise son attention sur autre chose. Cependant comme le problème n'est pas traité mais détourné, la peur fatalement réapparaîtra. Pour ma part, ce qui me semble plus pertinent, c’est lorsque la représentation mentale qui accompagnait la peur n’est plus associée à la peur alors qu’elle demeure présente à l’esprit. Là,  je pense à des traitements émotionnels comme dans  l’EMDR, par exemple, où l'on est avec l’image qui créer la peur mais en même temps, on porte son attention sur le mouvement de la main du thérapeute ce qui baisse l’intensité de la charge émotionnelle qui accompagne l’image. La peur se dilue car il n’y a plus focalisation mais extension de la conscience sur d’autres choses et non pas détournement de l’image traumatisante. Autrement dit, j’ai peur donc je ressens la peur, je vois l’image mais j’investis la conscience afin d’entendre aussi les commentaires que je fais sur l’image mais je reste également conscient de mon environnement immédiat. Ce qui aboutit au fait que je ne suis plus fasciné par l’image et totalement pris par la sensation d’angoisse,  je deviens observation détachée de l’ensemble du phénomène. 

 Puisque la question faisait référence au zen,  à mon sens, c’est dans le livre « Vivre zen » de Joko Beck qu’un des élèves de cette enseignante explique le mieux cela. Et bien qu’il  parle de la colère,  je pense que c’est valable pour toutes les émotions.

 Je le cite:

 « hier soir, en me rendant quelque part, j’avais l’esprit bourré de pensées et de sentiments. J’ai cru que je pratiquais parce que je savais que j’étais en colère, que j’étais tendu, que j’étais pressé, et je me rendais compte que j’étais de plus en plus furieux et contrarié. Et puis je me suis demandé tout d’un coup : « mais qu’est-ce que c’est que « pratiquer » là, maintenant, tout de suite ?  »  Ça a été comme si des milliers de flashes éclairait ce qui se passait dans ma tête : les mêmes éléments étaient  bien toujours là –  la colère, la hâte, la tension physique – mais ils m’apparaissaient sous un jour totalement impersonnel : tout cela n’avait pas de rapport avec moi. C’était presque comme si je regardais un cafard sur le sol de la cuisine. »

vendredi 14 juin 2013

L’observation et la mystique naturelle.

                                                                                   

" There's natural mystic blowing through the air " (Bob Marley)


Quand on sait rester dans un acte d’observation neutre, c’est avec intérêt qu’on assiste à la tourmente des émotions, sans passion et sans s’en mêler. Avec l’effondrement du sujet,  du « moi » qui observe, on voit les choses telles qu’elles sont, sans les déformer par nos préjugés et nos jugements de valeurs personnels. Exactement comme il nous arrive parfois de regarder une fleur ou un oiseau. Là, pendant un court instant, il n’y a plus de séparation. Le sujet « moi » s’aboli dans l’acte d’observation. Il y a l’objet de l’observation et nous en tant que présence consciente. La vie s'écoule alors sans heurt et nous participons à ce grand flot. Mais, le plus souvent, nous nous noyons dans un déluge de pensées inutiles qui nous coupe de la vie et c'est pourquoi elle nous fait si peur.

C’est tellement extraordinaire.

Toutes les religions nous transmettent finalement le même message : « nous ne faisons qu’un mon Père et moi  » N’allez pas comprendre qu’il y a un vieux monsieur barbu planté sur son nuage ou quelque entité surnaturelle quelque part. 

Non, il s’agit de vous, de moi.

En nous-même se trouvent le royaume, la sécurité, la puissance et la gloire.

C’est un trésor qui nous est offert.

Un trésor,  oui,…  mais qui nous supplie de le voir.

dimanche 21 avril 2013

Une présence accrue.




Voulez-vous faire une petite expérience, celle d’une présence accrue?
Pour que vous puissiez la réaliser, je vais m’inspirer de ce que propose Roger-Pol Droit.
Vous êtes assis calmement en train de lire ces lignes sur votre ordinateur. Mais sachez que cette expérience est reproductible n’importe où.
Vous êtes prêt ? Oui ?  Alors allons-y :
Imaginez que le passé n’ait jamais eu lieu  et que l’avenir n’existe pas.
Essayez de croire que le monde tel qu’il s’offre à votre perception vient de se constituer d’emblée, à l’instant.
La minute précédente, il n’existait pas et vous non plus. Vous venez de débarquer à l’instant même. Tout vient d’apparaitre en même temps et ce monde que vous percevez ne va durer que 10 minutes. Pas de déflagration gigantesque, non. Rien qu’une extinction brusque. La seconde après ces 10 minutes tout disparaitra comme si tout se débranchait. Le film s’arrêtera brutalement.
Installez-vous dans ce monde de 10 minutes.
Que constatez-vous ?
Le monde tel que vous le perceviez auparavant ne vous semble-t-il pas comme radicalement nouveau et différent ? Ne vous apparait-il pas avec plus de relief, plus présent, plus vivant ?

samedi 16 mars 2013

Vivre l'instant présent.



Je ne résiste pas à reproduire ici ce texte d’un ami "lointain"que j’apprécie beaucoup , Loïc Talmon.


"Malgré son apparente simplicité, l'invitation à vivre l'instant présent n'est pas chose aisée pour la plupart d'entre nous. Considérons l'une de nos journées : nous passons l'essentiel de notre temps à ressasser le passé, sur le mode du regret, ou à imaginer l'avenir, sur le mode de l'attente. Et le temps restant, nous nous empêtrons dans nos préjugés. Bref, nous consacrons la majeure partie de notre énergie à des illusions : en effet, le passé n'existe plus, tandis que l'avenir n'existe pas encore ; quant aux préjugés, ils constituent le plus sûr moyen de se masquer la complexité du réel. Vivre l'instant présent consiste en l'attitude résolument inverse, soit l'acceptation de tout ce qui se présente, en soi et autour de soi, le "bon" comme le "mauvais", sans rien planquer sous le tapis. C'est dire si le "carpe diem" cher à Horace a été sacrifié aujourd'hui sur l'autel du consumérisme : à suivre les publicitaires, vivre l'instant présent équivaudrait à expérimenter un orgasme permanent. Or dans la réalité, l'instant présent n'est pas forcément plaisant, loin de là. Mais vivre ici et maintenant, c'est coller au plus près de ce qui est, en laissant toutes les émotions négatives liées à notre représentation du passé ou de l'avenir au vestiaire. Certes, me direz-vous, mais si l'instant présent ne contient rien de satisfaisant, n'est-il pas préférable de trouver refuge dans nos souvenirs ou de puiser quelques espérance dans nos projets ? Dangereuse illusion, vous répondrai-je : la fuite ne résout rien et lorsque vous serez revenu de votre évasion en esprit, vos problèmes seront toujours là. Pour autant, il ne s'agit pas non plus de ruminer sans cesse nos problèmes : vivre dans l'instant présent, c'est d'abord être pragmatique. Ainsi, face à une difficulté, soit vous pouvez faire quelque chose et vous décidez de la faire, tout de suite ou à une date prévue par vos soins, soit vous ne pouvez rien y faire et vous avez tout intérêt à avaler la pilule amère sans délai. En procédant de la sorte, vous en viendrez à la conclusion quelque peu inattendue que la réalité de l'instant présent ne saurait être, en elle-même, problématique : il s'y déploie seulement des situations soit dont il faut s'occuper sur le moment, soit qu'il faut laisser telles quelles, en les acceptant comme faisant partie de l'être-là du moment jusqu'à ce qu'elles changent ou que vous puissiez vous en occuper pour de bon. Finalement, vivre l'instant présent, c'est aussi s'ouvrir à la beauté du monde, à tous ces détails auxquels nous ne prêtons pas attention dans la course effrénée de notre mode de vie : c'est le sourire d'un inconnu, le doux bruit de la pluie qui tombe, ou encore le ciel étoilé, un soir d'été.

Pour conjuguer votre vie au présent :

- L'attitude juste. Nous avons souvent tendance à bloquer notre respiration et à nous crisper pour échapper à l'instant présent. Apprenez comment ne pas vous relaxer* et ajuster votre posture en situation.

- Une chose après l'autre. L'accélération des échanges dans toutes les sphères de notre existence nous conduit à vouloir tout faire en même temps. Mais vous ne pouvez jamais faire qu'une seule chose à la fois. Concentrez-vous sur la tâche à accomplir, sans vous disperser.

- Le point à la ligne. Beaucoup d'entre nous conçoivent le temps comme une ligne allant du passé vers l'avenir, l'instant présent se réduisant à un passage sans intérêt. Et c'est ainsi que l'on passe à côté de la vie, qui n'existe jamais qu'ici et maintenant. Votre passé n'existe plus que par l'évocation de vos souvenirs, évocation que vous pouvez faire dans l'instant présent pour ne pas refaire les mêmes erreurs, mais qui ne doit pas vous distraire du réel. Quant à l'avenir, s'il est utile d'en préparer certaines échéances, il n'existe pas encore et ne doit donc pas non plus vous détourner de ce qui est là. En définitive, le présent est le seul moment que vous pouvez contrôler, il est le point focal de votre existence.

- Sentez le parfum des roses. Pris dans le tourbillon de la vie moderne, nous oublions de profiter des choses les plus simples, qui se donnent à nous sur le moment. Comme le disait Fritz Perls, le fondateur de la gestalt-thérapie, il est bénéfique de "perdre la tête" (les préoccupations de notre mental) pour "gagner les sens" (la réalité qui nous entoure)."


* Dans un autre texte, Loïc Talmon expliquait que s’il ne fallait pas être crispé, il ne fallait pas non plus croire que la relaxation était une panacée. C’est la juste attitude ou la juste tension qui prime. Je rajouterais, pour ma part, que le relâchement est par contre excellent pour accueillir le réel, la vie.